Les faits se sont produits le 23 mars dernier sans engendrer jusqu’ici la moindre enquête des autorités.

Ce sont des enfants qui ont été assassinés”, lance Enoc*, le frère d’une victime de ce qu’il appelle le “massacre” de Kilobelobe, un quartier populaire de l’est de Lubumbashi, la capitale du Haut-Katanga.

Les faits se sont déroulés le jeudi 23 mars”, poursuit le jeune homme. “Le jeudi, c’est le jour de réunion des jeunesses de l’Unafec (Union nationale des fédéralistes du Congo, parti de feu Gabriel Kyungu wa Kumwanza), ce qui explique que de nombreux jeunes étaient rassemblés dans un même endroit. Un lieu que tout le monde connaît dans la commune”, poursuit le grand frère d’une des victimes.

Selon plusieurs témoignages des coups de feu ont éclaté en pleine journée. Tous incriminent des hommes en uniformes qui “ont ouvert le feu sur les jeunes”, selon les députés nationaux du Grand-Katanga qui se sont exprimés le 30 mars au Palais du Peuple expliquant que “des commandos des FARDC (armée congolaise) ont tiré à bout portant sur des paisibles jeunes non armés, occasionnant la perte en vies humaines à plus de vingt-cinq jeunes par balles et noyade”. Le lendemain, les députés provinciaux du Haut-Katanga ont interpellé leur ministre de l’Intérieur, membre du parti de ces jeunes. “En plein jour, on a assisté à un massacre perpétré par des militaires qui sont censés nous protéger. On a tué des enfants sans que, jusqu’à ce jour, on entende une réaction du gouvernement provincial. C’est du mépris vis-à-vis de la population”, a notamment lancé le député de l’opposition Dieudonné Pablo Ngwej.

Pour un avocat de Lubumbashi, “l’Unafec fait aujourd’hui partie de l’attelage au pouvoir avec l’UDPS de Tshisekedi. Mais les jeunes de ces deux partis se détestent et les affrontements entre leurs mouvements, qui sont de vraies milices, sont fréquents. C’est devenu notre ordinaire”.

« No comment »

Le ministre de l’Intérieur a évoqué un mort suite à une balle perdue. “Ce chiffre est évidemment minoré, explique un ancien avocat installé à Lubumbashi qui pointe du doigt qu’” il n’y a pas eu le moindre début d’enquête sur ces faits et qu’on a enterré les victimes en catimini en violant la loi qui interdit toute inhumation sans constat par un officier de la police judiciaire en cas de mort violente. Tout a été étouffé jusqu’au moment où des corps sont ressortis de l’eau dans les marécages qui se trouvent à proximité de l’endroit de la fusillade. Des corps qui portaient des blessures par balle comme ont pu le constater de visu à la morgue certains médecins et infirmiers”.

Plusieurs témoins interrogés par La Libre rappellent que l’Unafec a parlé de 19 victimes sans être démenti. “Mais ce parti devait publier la liste de ses militants qui ont disparu. Il devait dénoncer les faits et exiger une enquête”, enchaîne Hervé Diakiese, avocat et militant des droits de l’homme. “Il y a eu mort d’homme. Ce sont des assassinats. Plusieurs témoins parlent de militaires. Il faut donc connaître l’identité des exécutants, des commanditaires mais aussi de la personne qui a le pouvoir d’étouffer une telle affaire”. L’avocat interpelle le président de la République. “Il a un droit d’injonction. Cette affaire est gravissime. Quel État peut laisser massacrer ses enfants dans l’indifférence ?”